Le monde entier
Le monde entier ne saura jamais à quel point il faisait froid ce jour-là, à quel point le vent s’infiltrait dans nos corps enlacés. La rupture était proche. Et le feu brisait sous nos reins l’éclat de sa sombre démence, entrait dans notre valse de l’esseulement, de la couardise de notre union éphémère. Et la pluie battait notre décadence, ouvrant les chemins sinueux de son désespoir, sa chute. Et les voix se faisaient croissantes, bondissantes, se répercutant d’un quai à l’autre, à mesure que la fin se profilait. Mais l’espoir s’était enfui, la peur aussi. Rien que nous deux devant ce monde entier inconscient, évanoui pour un instant dans les méandres de détours plus préoccupants. Et nous restions seuls, nous abandonnions au silence, nous gardions de bouger, de peur de nous voir trembler. Mais la peur reprit son pas, le train arriva. Et la lumière, et l’orage, et les cris, et les objets sourds, et nos ombres oubliées, et la vie abandonnée. Le monde entier se retourna, un éclair, jaillissement d’un tumulte incontrôlé. Et le monde entier grogna, furia, se livra à une nouvelle danse; nous regardions le silence. Et la mort nous frôla, c’en était fini de notre transe. L’heure était arrivée, le train à quai, les badauds entassés, le ciel apaisé. Et la vie nous sépara. La porte se ferma.
[23/12/01]
[23/12/01]

